DÉVELOPPER SON ENTREPRISE AU-DELÀ DE LA FRONTIÈRE

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F. Georges Sayegh, D.S.C., Fellow CMC, est un expert-consultant en franchisage et en
transfert de technologie. Il est également l’auteur de 18 livres sur les franchises et les entreprises
connexes. Pour le joindre : gsayegh@gsayegh.com ; Tél. : (514) 216-8458.

Avant la pandémie causée par la Covid-19, de nombreuses entreprises prenaient pour acquis la chaîne d’approvisionnement et la gestion du personnel. Aujourd’hui, les fabricants, importateurs, distributeurs et franchiseurs sont confrontés autant aux problèmes de gestion de la chaîne d’approvisionnement qu’aux problèmes de gestion du personnel. De surcroit, la hausse du taux d’inflation s’étant mis de la partie a obligé la Banque du Canada à augmenter son taux directeur. Ce taux influe maintenant sur toutes les entreprises ainsi que sur les franchises. Cette augmentation du taux d’intérêt avait échappé à l’œil de tous les économistes, et ce, peu importe leurs appartenances.

Les professionnels des chaînes d’approvisionnement ont été confrontés et ont dû faire face au cours des dernières années à des bouleversements sans précédent. Une influence d’événements, allant de la pandémie aux dépendances géopolitiques submergés par les contraintes environnementales, démographiques, sanitaires et technologiques ont provoqué des perturbations importantes et permanentes aux chaînes d’approvisionnements dans le monde entier. À cela, il ne faut pas oublier :

  • les guerres silencieuses qui prolongent le questionnement dans le contexte pandémique et accélèrent le basculement du monde de l’Ouest vers l’Est, confirmant la rupture entre la Chine et les États-Unis et qui exhortent les gouvernements à se préparer avec lucidité aux prochains défis géopolitiques et économiques. En effet, les différentes formes de guerres allant de la guerre nucléaire, guerre diplomatique, guerre financière, commerciale, médiatique à la guerre sanitaire… toutes ces actions non guerrières pourraient être les nouveaux facteurs dominants des guerres futures.
  • les catastrophes naturelles et le sous-investissement dans la production d’énergie fossile en prévision du virage vert ont des impacts directs sur les récoltes agricoles ;
  • un porte-conteneurs a trouvé le moyen de se coincer pendant une semaine dans le canal de Suez, bloquant ainsi le passage de 10 % du commerce mondial ;
  • au cœur de la poussée inflationniste des derniers mois, les difficultés des chaînes d’approvisionnements sont en train de s’atténuer, mais il faudra du temps à s’en remettre, à moins que de nouveaux problèmes surviennent ;
  • la fabrication à long terme, l’importation, la distribution et d’autres relations d’approvisionnement sont retardées affectant les entreprises et le monde de la franchise.

Ces événements et tant d’autres ont contribué à augmenter les coûts de chaque étape de chaînes de production de plus en plus longues et mondialisées, causant ainsi des pertes d’opportunités et nuisant aux résultats financiers. Et tout cela mis-à-part les relations tendues qui persistent entre fournisseurs, importateurs, distributeurs, franchiseurs et franchisés.

De nombreuses questions restent sans réponses. Tout d’abord, nous venons de traverser le premier trimestre de l’année 2023 et la situation s’améliore à peine. Faudra-t-il encore une année chaotique aux chaînes d’approvisionnement pour que la situation revienne à la normale? Comment les entreprises s’adaptent-elles non seulement pour survivre, mais aussi pour prospérer dans des conditions aussi changeantes ?

Les diverses recherches de rapports publiés par les banques centrales tant canadiennes qu’américaines, l’Organisation mondiale du commerce (OMC), la Banque mondiale (BM), le Fonds monétaire internationale (FMI), le Forum économique mondial, la National Federation of Independent Business (NFIB), pour nommer que ceux-là, révèlent ce qui suit :

“Les obstacles des chaînes logistiques sont des entraves commerciales plus importantes que les tarifs à l’importation,” dit Bernard Hoekman, Directeur du Département du Commerce International de la Banque Mondiale, qui préside également le Global Agenda Council on Logistics & Supply Chains du Forum. “Réduire ces obstacles va engendrer une baisse des coûts pour les entreprises et créer davantage d’emplois et de possibilités économiques.”

Parmi les cas sectoriels du rapport, nous retrouvons quelques exemples, notamment:

  • Améliorer l’obtention d’une autorisation et le manque de coordination entre les différentes agences de régulation diminuant les délais des cargaisons des produits qui augmentent les coûts d’une entreprise jusqu’à 30%, sachant que chaque journée de retard coûte 60.000 $US ;
  • Réduire les obstacles pesant sur les chaînes logistiques pourrait amplifier le PIB et le commerce mondial bien plus que la réduction de tous les tarifs à l’importation ;
  • Alléger la conformité réglementaire imposée aux PME pour leurs ventes sur Internet, celles-ci pourraient augmenter leurs ventes transfrontalières de 60-80 % ;
  • Les gouvernements devraient adopter une démarche holistique en prenant en considération l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement et se concentrer sur toutes les mesures affectant la performance de la chaîne afin d’améliorer la compétitivité nationale ;
  • Apporter des solutions relativement à certaines exigences ayant des effets disproportionnés pour les petites entreprises (PME) pourrait voir un accroissement de son volume grâce à des solutions apportées à certaines exigences ayant des effets disproportionnés pour les petites entreprises ;

Quant au rapport de la NFIB, il révèle que :

« La reprise des petites entreprises continue d’être freinée par une inflation galopante, des perturbations constantes de la chaîne d’approvisionnement et des pénuries de personnel », a déclaré Holly Wade, directrice exécutive du centre de recherche de la NFIB. » La plupart des propriétaires de petites entreprises ont augmenté leurs prix pour s’adapter aux nombreux défis auxquels ils sont confrontés.

Les principales conclusions sont les suivantes :

Prix

  • Environ trois quarts (73 %) des propriétaires de petites entreprises ont augmenté leurs prix de vente moyens en raison de perturbations de la chaîne d’approvisionnement et/ou d’une augmentation de la rémunération due à des pénuries de personnel.
  • Parmi ceux qui ont augmenté leurs prix, 44 % l’ont fait de 10 % ou plus, et 30 % de 5 % à 9,9 %.

Perturbations de la chaîne d’approvisionnement

  • Plus de la moitié (51 %) des propriétaires de petites entreprises ont déclaré que les perturbations de la chaîne d’approvisionnement avaient eu un impact important sur leur entreprise. Trente pour cent d’entre eux ont déclaré que l’impact était modéré et 14 % ont déclaré que l’impact était faible ;
  • Quatre-vingt pour cent des propriétaires de petites entreprises qui subissent des perturbations de la chaîne d’approvisionnement déclarent que ces perturbations leur font perdre des opportunités de vente dans une certaine mesure.

Pénurie de personnel

  • Vingt-quatre pour cent des propriétaires connaissent actuellement une pénurie de personnel importante et 18 % une pénurie de personnel modérée ;
  • Parmi les propriétaires qui connaissent actuellement une pénurie de personnel, 23% subissent une perte importante d’opportunités de vente et 22% une perte modérée d’opportunités de vente en raison de la pénurie de personnel.

Tenant compte des rapports publié et les extraits ci-dessus décrit les chaînes d’approvisionnement ainsi que les employeurs devront implanter ce qui suit :

Stratégie et analyse

La gestion de la chaîne d’approvisionnement est de plus en plus complexe. La plupart des entreprises désirent améliorer leurs opérations, mais pour cela, elles ont besoin d’un cadre ou d’un mécanisme leur permettant de prendre des décisions éclairées quant à la marche à suivre.

Il est évident que la gestion de la chaîne d’approvisionnement et la gestion des stocks ont un impact positif sur la performance financière des entreprises. Les facteurs clés enregistrés pour cette analyse sont la gestion des liquidités, l’intégration de la chaîne d’approvisionnement, l’engagement de la chaîne d’approvisionnement, la communication de la chaîne d’approvisionnement, l’information sur la chaîne d’approvisionnement, les partenariats avec les fournisseurs, les relations avec les fournisseurs, le coût des immobilisations, le coût des matières premières, le taux de rotation des stocks, le coût de stockage et de transport, le délai d’écoulement des stocks, le coût de la main-d’œuvre, le coût des réparations et de l’entretien, les dépenses opérationnelles, le délai d’exécution, le coût logistique de la chaîne d’approvisionnement, le coût de possession et de détention, le taux de rotation des stocks, le coût de la gestion des stocks de matières premières, la gestion des liquidités, la gestion des bénéfices réels, le facteur temps, les pratiques de la chaîne d’approvisionnement, les avantages concurrentiels, le cycle commercial net, le rendement des actifs, le rendement des capitaux propres, l’automatisation et pratiques de modélisation, la gestion des ressources humaines, la gestion des stocks, etc. De surcroit, les pratiques de modélisation, la gestion des risques liés à la chaîne d’approvisionnement, les stratégies de rapprochement et d’amortissement, les pratiques de mesure des performances s’ajoutent à tous les points précédents. Voilà autant d’éléments qui rentrent en ligne de compte dans un tel contexte.

Ces facteurs s’avèrent essentiels pour déterminer l’impact de la gestion de la chaîne d’approvisionnement sur les performances financières des entreprises ainsi que sur leurs performances financières. Il est évident que la performance financière des entreprises en termes de rentabilité, de liquidité et de croissance est portée par tous les facteurs de la chaîne d’approvisionnement.

Les relations avec les fournisseurs permettront de fragmenter cette analyse à un niveau qui décrira les meilleures pratiques en matière d’inventaire à moindre coût, de bonne qualité, de livraison dans les délais, d’efficacité et d’efficience. Par conséquent, tous ces facteurs doivent être incorporés afin de permettre une intégration assurant une saine gestion. Les autres facteurs à considérer consisteront à analyser les stratégies des concurrents et l’évolution en tant que leader par le biais d’un avantage concurrentiel qui comprendra des stratégies de rapprochement et d’amortissement afin de surpasser les performances financières.

Il est également évident que la majorité des facteurs qualitatifs sont associés à des facteurs quantitatifs qui influencent les performances financières globales des entreprises. Un facteur intéressant qui doit encore être étudié davantage est le rôle de l’automatisation et des implications technologiques de la gestion de la chaîne d’approvisionnement sur les performances financières des entreprises. La technologie permet d’organiser les choses et joue un rôle dans la perfection et le gain de temps. Le temps, c’est de l’argent et, par conséquent, elle contribuera à réduire les coûts et à accroître la rentabilité et la portée.

Intégrer la Planification numérique

En intégrant, notamment l’intelligence artificielle, l’apprentissage automatique et les plateformes cloud, ainsi que l’automatisation cognitive et la planification, cela contribuera à aligner une meilleure planification et une meilleure prise de décisions aux niveaux stratégiques, opérationnels et tactiques, et permettra aux entreprises de réagir plus rapidement aux changements rapides du marché.

De plus, les quantités stupéfiantes d’informations qui passent des capteurs au nuage, puis aux systèmes d’entreprise et vice-versa, évitent aux organisations les failles de sécurité lorsqu’elles ne sont pas gérées correctement. La connexion des écosystèmes de la chaîne d’approvisionnement à l’aide de points d’accès sécurisés et d’habilitations permet de suivre les expéditions du début à la fin, tout en évitant les failles de sécurité.

Optimisation systèmes de gestion numérique

L’implantation et l’intégration des systèmes de gestion numérique permettront non seulement des économies de coûts, mais assureront l’innovation, les pratiques de pointe en matière d’approvisionnement, et la certitude d’approvisionnement. En outre, ils permettront de sélectionner les bons fournisseurs qui garantiront la bonne gestion au fur et à mesure que l’entreprise évoluera.

Numériser les chaînes d’approvisionnement

La numérisation des chaînes d’approvisionnement permet d’améliorer la collaboration avec les principales parties prenantes dans l’écosystème numérique et d’accroître la visibilité de la chaîne d’approvisionnement de bout en bout.

Recommandations au niveau de l’approvisionnement en produit, il faudrait :

1. Maintenir des communications fréquentes 

  • Les franchiseurs devront maintenir une communication ouverte, fréquente et proactive tant avec leurs fournisseurs que leurs franchisés en leur fournissant des mises à jour sur les changements de biens et de services liés aux problèmes de la chaîne d’approvisionnement.
  • Les franchiseurs doivent également maintenir une communication ouverte avec leurs clients afin de les tenir informés de tout changements apportés aux produits et services normalement offerts, de la durée prévue de ces changements et des produits ou services de substitution désormais disponibles.

2. Suivre les normes relatives à la marque

Malgré les difficultés que l’approvisionnement représente, il va falloir que les franchiseurs analysent plus à fonds les problèmes de la chaîne faisant face aux normes et leurs implications sur le réseau.

3. Identifier de nouveaux fournisseurs

Il ne va pas sans dire que les franchiseurs devraient envisager d’identifier des fournisseurs pour préserver la continuité de l’approvisionnement. Les dispositions relatives aux fournisseurs approuvés et à l’approvisionnement figurant dans les contrats de franchise doivent être examinées attentivement et les franchiseurs doivent se demander si leurs fournisseurs approuvés actuels seront en mesure de répondre à la demande de leur réseau.

4. Planifier des nouvelles offres de produits 

Plusieurs franchiseurs devraient profiter de la rareté de l’approvisionnement pour introduire une nouvelle gamme de produits 

Recommandations quant à la pénurie de personnel

1. Création d’une culture où les employés veulent travailler

De nombreuses franchises offrent des incitatifs qui comprennent, notamment :

  • La création de primes à la signature et des programmes d’aide à la scolarité ;
  • L’implantation de programmes allant du haut vers le bas en mettant l’emphase sur une culture de l’organisation. En mettant la priorité non seulement pour attirer le personnel, mais également dans le but de le conserver une fois qu’il aura franchi la porte ;
  • La conception de programmes en assurant la culture du lieu de travail pour satisfaire les employés, afin qu’ils soient engagés et en phase avec la mission de l’entreprise?
  • L’instauration d’une culture des valeurs (écrites et affichées) en joignant le « geste à la parole ». Les dirigeants pratiquent une culture positive en prenant des décisions fondées sur les valeurs fondamentales de l’organisation. Ils s’attendent à ce que les employés de l’entreprise, les franchisés et les employés des franchisés fassent de même ;
  • L’introduction des programmes de temps partagé offrant ainsi la chance aux employés de partager leur temps à leurs besoins personnels (études et autres) tout en travaillant avec l’entreprise.

2. Apporter son soutien

Les dirigeants et les gestionnaires doivent mettre l’accent sur la passion et le travail d’équipe et en faire des priorités absolues. Qu’il s’agisse de mesures de nettoyage et d’assainissement, des comportements des clients vis-à-vis du personnel, de la formation adéquate et, plus important encore, ils doivent se sentir soutenus et appréciés.

3. Donner la priorité à la sécurité

Communiquez clairement les mesures des attentes en matière de maintien d’un environnement sûr et sécuritaire.

4. Aborder les questions qui préoccupent les employés

La justice sociale doit faire partie des priorités pressantes de l’entreprise. Les gestionnaires doivent reconnaître que les questions sociales, la diversité et l’inclusion sont importants pour les employés. Un environnement doit être créé dans lequel les employés, les collègues, et les franchisés seront vus et entendus. Il s’agit-là de faire preuve d’empathie. 

5. Faire preuve de reconnaissance

Il faut encourager les franchisés à remercier leurs employés pour le travail qu’ils accomplissent, soit :

  • par le biais de programmes de reconnaissance officiels mis en place au niveau de l’entreprise ;
  • soit en développant leurs propres programmes de récompense et de reconnaissance.

Faire en sorte que les membres de l’équipe se sentent valorisés, même s’il ne s’agit que d’un remerciement public pour un travail bien fait, contribue grandement à l’engagement et à la loyauté. 

6. Comprendre les lacunes

Les franchiseurs doivent offrir la formation adéquate permettant aux franchisés d’impliquer leur personnel d’une façon saine et profitable. De plus, ce programme doit permettre aux franchisés d’évaluer l’engagement de leurs employés et surveiller les performances des gestionnaires et du personnel dans l’ensemble de leurs établissements.

Quant aux franchisés, ils doivent mettre l’effort en matière de recrutement et de fidélisation d’une façon efficaces. Ceci dit, il est important de documenter par des enquêtes, des sondages ou autres moyens afin de mesurer l’engagement des employés et d’identifier les programmes d’améliorations à apporter.

En conclusion, cela veut dire, la création d’une culture positive sera essentielle à la réputation de la marque du franchiseur dans son ensemble. En formant adéquatement les franchisés, ces derniers assureront un programme plus engagé et plus loyal par leurs personnels.